Critique : « Les Furtifs », d’Alain Damasio

Quatrième de couverture :  Ils sont là parmi nous, jamais où tu regardes, à circuler dans les angles morts de la vision humaine. On les appelle les furtifs. Des fantômes ? Plutôt l’exact inverse : des êtres de chair et de sons, à la vitalité hors norme, qui métabolisent dans leur trajet aussi bien pierre, déchet, animal ou plante pour alimenter leurs métamorphoses incessantes.

Lorca Varèse, sociologue pour communes autogérées, et sa femme Sahar, proferrante dans la rue pour les enfants que l’éducation nationale, en faillite, a abandonnés, ont vu leur couple brisé par la disparition de leur fille unique de quatre ans, Tishka – volatilisée un matin, inexplicablement. Sahar ne parvient pas à faire son deuil alors que Lorca, convaincu que sa fille est partie avec les furtifs, intègre une unité clandestine de l’armée chargée de chasser ces animaux extraordinaires. Là, il va découvrir que ceux-ci naissent d’une mélodie fondamentale, le frisson, et ne peuvent être vus sans être aussitôt pétrifiés. Peu à peu il apprendra à apprivoiser leur puissance de vie et, ainsi, à la faire sienne.

Les Furtifs vous plonge dans un futur proche et fluide où le technococon a affiné ses prises sur nos existences. Une bague interface nos rapports au monde en offrant à chaque individu son alter ego numérique, sous forme d’IA personnalisée, où viennent se concentrer nos besoins vampirisés d’écoute et d’échanges. Partout où cela s’avérait rentable, les villes ont été rachetées par des multinationales pour être gérées en zones standard, premium et privilège selon le forfait citoyen dont vous vous acquittez. La bague au doigt, vous êtes tout à fait libres et parfaitement tracés, soumis au régime d’auto-aliénation consentant propre au raffinement du capitalisme cognitif.

il a été élu meilleur livre de l’année 2019 par Lire. Il remporte le Grand Prix de l’Imaginaire 2020 de la catégorie « Roman francophone » et le Prix Libr’à Nous 2020.

Détails techniques :

Editeur : La Volte (broché) / Folio SF (poche)
Parution : 04/2019
687 pages (broché) / 944 pages (poche)
Version brochée : 25 €, version poche : 11,60 €, version numérique : 14,99 €

Quel exercice difficile de réaliser un retour de lecture sur une œuvre de cet immense auteur contemporain qu’est Alain Damasio car ce n’est pas uniquement un roman de SF, c’est tout autant une critique politique de notre société, un roman philosophique à la prose poétique, une œuvre musicale puisqu’est ajoutée à ce roman le lien pour la bande son réalisée avec le guitariste Yan Péchin.

Cliquez sur l’image ci-dessus pour accéder à l’album

Pour ceux qui ne connaissent pas encore le travail de Damasio, sachez que si pour vous la lecture est un moyen de détente, une parenthèse reposante dans votre vie quotidienne, ouvrir l’un de ses livres vous décevra. En effet, le lire est un exercice difficile tant il joue avec les mots, il passe d’un personnage à l’autre en changeant complétement sa façon d’écrire et, par la richesse de l’univers qu’il nous soumet. Attention également à ceux qui utilisent une liseuse ou tablette, une police spéciale est utilisée pour désigner certains personnages ainsi que dans certains dialogues. Néanmoins, s’embarquer dans l’Univers de Damasio est une expérience que l’on ne regrette pas.

Alain Damasio nous projette dans ce roman dans un futur proche, une vingtaine d’années seulement. Nous sommes toujours en France, mais une France dans laquelle, les riches industriels ont racheté nos Cités, par exemple Paris est devenue Paris-LVMH un peu comme aujourd’hui sont rebaptisés nos stades, salles de concerts, championnats sportifs… Dans ce futur, nous sommes hyper connectés et de ce fait « sous surveillance » permanente, il y a là un véritable écho avec la situation actuelle, les drones achetés par la Police et la fameuse application Stop Covid. Et, puisque le tout puissant capitalisme est partout, l’accès à certains secteurs des villes, des parcs, etc… est réservé aux populations les plus aisées. Vous l’aurez compris, la devise de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » est un lointain souvenir. Remarquez, en 2020, nous nous en sommes déjà pas mal éloignés…

Les Furtifs n’est pas un essai ou un pamphlet contre notre société, le talent de Damasio lui permet de jeter ce regard critique sur les dérives qui existent mais en les intégrant parfaitement dans un roman thriller-SF. La base de ce récit est la disparition de Thiska, la fille de Lorca et Sahar Varèse. A-t-elle disparu, est-elle décédée ? Comment a-t-elle pu se volatiliser ? Et si les témoins de ce drame étaient « les furtifs », légende urbaine parlant d’êtres vivant parmi nous dans les angles morts de nos vies sous surveillance ??

Lorca partira à leur recherche avec une unité spéciale de l’armée au sein de laquelle il fera de nombreuses rencontres et découvertes.

Comme c’était le cas avec La Horde du Contrevent, écrit il y a quinze ans, et alors que le récit est formidable, la manière d’écrire de Damasio fait que certains passages sont un peu longs à lire et cassent un peu le rythme. D’autres sont difficiles comme le furent pour moi ceux des dialogues de Toni Tout-fou au langage particulier. Néanmoins, arrivé à la fin de ce voyage, en aucun cas on ne peut regretter les efforts faits pour y arriver.

Ma note : 9 / 10

Une critique d’Ulrich Boucher précédemment publiée sur son blog Imaginoire le 08 Mai 2020 à cette adresse.

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