Critique : « Après nous le déluge », d’Yvan Robin

Quatrième de couverture :  Ce jour-là, le soleil ne se leva pas. Il n’y eut plus de soir, il n’y eut plus de matin. Ce fut le premier jour. Déjà le ciel verse sur la terre qui disparaît sous les eaux. Les hommes qui ne sont pas emportés par les crues sont jetés sur les routes. Feu de bois quitte l’école avec sa camarade Dalila. De son côté, le père rejoint l’attelage d’un voisin. Et les voilà chacun s’échinant à rallier un refuge, alors que le monde, méticuleusement, se détricote. Une épopée brutale et poétique où la terre et les hommes ne sont jamais aussi beaux qu’au cœur de la défaite.

Yvan Robin est né en 1983, il vit à Bordeaux. Arrivé en littérature par la musique et la poésie, il écrit des romans noirs depuis une dizaine d’années. Après nous le déluge est son premier roman aux éditions In8.

Détails techniques :

Editeur : In8 (broché)
Parution : 09/2021
240 pages
Prix : 25 €

Une claque, pour ne pas dire un uppercut qui vous sonne complètement. Après nous le déluge est un roman inclassable d’une profonde noirceur percée par une lumineuse poésie.

Beaucoup de romans nous marquent mais quelques-uns s’installent en nous pour toujours. Chaque année, dans la quantité extraordinaire de romans publiés, quelques pépites émergent et parfois même certains sont prodigieux. Souvent, les romans se ressemblent. Des chefs-d’œuvre, il y en a si peu et pas tous les ans. Après nous le déluge en est un. Le roman de la maturité comme nombre de critiques aiment à qualifier ce genre d’ouvrages. Un roman écrit avec les tripes et dans lequel l’auteur ne s’interdit rien, je dirais.

Anticipation, post-apocalyptique, roman d’aventures, roman épique, roman noir, social, ce récit poétique, une Odyssée écologique, ne rentre dans aucune case, il les coche toutes. L’auteur ne rend pas seulement hommage aux grands textes fondateurs de la littérature, il a l’audace de s’inscrire dans leurs pas.

Et, pour cela, il ose tout, même emprunter au premier livre de la Bible sa temporalité. En effet, Yvan Robin nous relate son apocalypse en une semaine qui verra la nuit remplacer le jour, les pluies s’abattre sur ce qu’il reste de terre, la Lune, les étoiles s’éteindre et les animaux disparaître avant les Hommes.

Dans la fiction contemporaine, la crise écologique est de plus en plus présente. Nombre de romans, de films, d’œuvres artistiques s’en emparent. Certains politiques même, rappelons-nous, par exemple, en 2002, le président Chirac prononçait à Johannesburg la fameuse phrase « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Beaucoup plus d’actualité, le film Don’t look up d’Adam McKay, avec Leonardo DiCaprio, dans lequel des scientifiques tentent de prévenir que la fin du monde est proche. La sonnette d’alarme est tirée, on s’échine encore à la faire sonner plus fort mais, dans le brouhaha médiatique, le transfert d’un joueur de foot fait plus de bruit qu’un rapport du GIEC. Yvan Robin n’écrit pas une énième sommation, il nous dépeint Le Déluge, celui provoqué par l’Homme, espèce destructrice.

Au milieu de ce décor grandiose, terrifiant, de cette nuit qui nous semble alors éternelle, luisent encore quelques étoiles. Feu-de-bois, jeune adolescent débordant de vie et son père suicidaire. Dalila, la camarade de Feu-de-bois ou Lilu, cette jeune femme qui tente vaille que vaille de sauver son Kamishibaï, théâtre d’images japonais, peut-être le seul vestige de la création artistique humaine.

L’auteur utilise une quantité incroyable de matière pour donner du corps à son récit. Un peu comme s’il réunissait à travers son roman tout ce qui fait les êtres que nous sommes. Transformant son histoire en arche de Noé de l’humanité. Pour nous happer et nous faire jouer un rôle, à nous lecteurs, habitués à être de simples spectateurs, il utilise pour le fils une narration à la première personne, nous accrochant à lui au milieu du chaos. Pour le père, en revanche, il utilise la deuxième personne du singulier, créant plus de distance avec lui mais nous permettant de prendre du recul et nous offrant un temps nécessaire à la réflexion. Cette réflexion nous suivra longtemps après avoir refermé ce livre.

Merci Yvan de partager avec nous ce talent immense qui donne une puissance incroyable aux mots. Merci également à Josée Guellil et aux éditions In8 de publier des œuvres aussi profondes et poétiques.

N’est-ce que de la fiction ?

Ma note : 10 /10

Une critique d’Ulrich Boucher précédemment publiée sur son blog Imaginoire le 24 Janvier 2022 à cette adresse.

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