Critique : « L’Œil du Monde » (La Roue du Temps – T1), de Robert Jordan

Quatrième de couverture : La Roue du Temps tourne et les Âges naissent et meurent, laissant dans leur sillage des souvenirs destinés à devenir des légendes. C’est la Nuit de l’Hiver dans la contrée de Deux-Rivières et, en ce soir de fête, l’excitation des villageois est à son comble. C’est alors qu’arrivent trois étrangers comme le jeune Rand et ses amis d’enfance Mat et Perrin n’en avaient jamais vu : une dame noble et fascinante nommée Moiraine, son robuste compagnon et un trouvère. De quoi leur faire oublier ce cavalier sombre et sinistre aperçu dans les bois, dont la cape ne bougeait pas en plein vent… Mais, quand une horde de monstres sanguinaires déferle et met le village à feu et à sang, la mystérieuse Moiraine devine qu’ils recherchaient quelqu’un : pour les trois amis l’heure est venue de partir. Car la Roue du Temps interdit aux jeunes gens de flâner trop longtemps sur les routes du destin…

Robert Jordan (1948-2007) a livré avec La Roue du Temps la plus grande fresque épique depuis J.R.R. Tolkien, vendue à plus de 80 millions d’exemplaires. Il avait appris seul à lire à l’âge de quatre ans, et dévorait déjà Jules Verne et Mark Twain l’année d’après. Sa vie exceptionnelle s’est achevée en 2007, mais son œuvre se poursuit grâce à sa veuve Harriet McDougal et à l’écrivain Brandon Sanderson qui mène à son terme cette saga phénoménale.

« La Roue du Temps tourne et les Âges naissent et meurent, laissant dans leur sillage des souvenirs destinés à devenir des légendes. »

Détails techniques :

Fantasy – T1 de la série intitulée La Roue du Temps

Editeur : Tor (anglais, 1990) / Rivages, Fleuve Noir (1995) / Pocket (1997)

864 pages (broché et poche)
Broché : 25 € / Poche : 7,90 € / Numérique : 2,99 €

A obtenu le prix Ozone, Roman de fantasy étranger, 1997.

La Roue du Temps – Liste des romans

Cliquez sur l’image ci-dessous pour l’agrandir

(Wikipédia)

« […] Il est difficile de surpasser le monde complexe et détaillé créé ici » Locus

Adaptation TV en 2021

La Roue du Temps est un long cycle de fantasy écrit par Robert Jordan. Chacun de ses tomes est un best-seller international, et ce malgré une situation assez complexe en VO comme en VF.

En VF, c’est simple, il existe pas moins de quatre éditions et traductions partielles de l’œuvre, et pour ce qui est de la VO, l’auteur est malheureusement mort avant la fin de son cycle. Heureusement pour nous autres lecteurs, il avait déjà écrit la fin et s’était mis d’accord avec Brandon Sanderson pour achever l’œuvre conformément à son style. Et pour la VF, la toute dernière édition de Bragelonne comporte jusqu’ici la meilleure traduction et ne découpe pas les tomes anglais en deux contrairement aux autres. J’avais prévenu que c’était compliqué de lire ce cycle de 13 tomes (NdlR : + la préquelle Nouveau Printemps), heureusement, ça en vaut la peine, alors accrochez-vous bien car voici la critique de L’œil du Monde, premier volume de cette saga dantesque !

En bref : il y a trois mille ans, dans un monde technologiquement avancé disposant en plus du Pouvoir Unique pour accomplir de quasi-miracles, une nouvelle source d’énergie apparemment infinie est découverte. Manque de bol, il s’agit en fait du Ténébreux : une entité dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est sa puissance incroyable, sa capacité de corruption et sa soif de domination. S’en suivent dix ans de guerres terribles dans un monde jadis pacifique. Finalement, une bande d’hommes menés par un chef appelé le Dragon tentent une manœuvre audacieuse pour enfermer le Ténébreux et ses plus puissants partisans à jamais. Dans la tentative, le Ténébreux contamine le Pouvoir Unique qu’utilisent les hommes, les rendant fous à lier. Lui est certes enfermé, mais sa riposte se propage bientôt à tous les hommes utilisant le Pouvoir : tôt ou tard, ils deviennent fous et ravagent tout autour d’eux. Le monde est littéralement fracturé, les océans engloutissent des villes, des montagnes sont renversées…  La civilisation et la technologie sont perdues, ramenant bientôt le monde à un simple âge médiéval, morcelé en royaumes rivaux. Une prophétie annonce que le Dragon – l’homme responsable de ce chaos – se réincarnera pour sauver l’humanité lors du retour du Ténébreux, brisant le monde une fois encore ce faisant…

« Robert Jordan est parvenu à dominer le monde que Tolkien a révélé. » The New York Times

Trois mille ans ont passé et on se retrouve à suivre les aventures de trois jeunes paysans, Rand, Mat et Perrin qui rêvent d’aventure tout en prenant le Ténébreux et ses sbires pour des mythes. Rapidement, il apparaît qu’ils sont Ta’veren, c’est-à-dire prédestinés [NdlR : personne autour de qui la Roue du Temps tisse tous les fils de la vie, entrainant aussi avec eux la destinée des personnes autour (https://www.pierredetear.fr/)]. Pour leur plus grande gloire et leur plus grand désespoir, ils vont se retrouver condamnés à vivre des événements intéressants. Comprendre mortellement dangereux. Et qu’à peu près toutes les factions existantes vont vouloir mettre la main sur eux pour utiliser leur statut particulier à leur avantage.

« En de très rares occasions, des conteurs très talentueux créent des mondes qui sont au-delà de la fantasy; des mondes qui deviennent réalité. Robert Jordan l’a fait. » Morgan Llywelyn

Dans ce tome d’introduction, on nous présente pas mal de personnages : nos héros mais aussi Nynaeve, la guérisseuse du village au caractère grincheux et autoritaire, Egwene, la fiancée d’enfance de Rand. Moiraine, une Aes Sedai – femme détentrice du Pouvoir – fait irruption pour les emmener au loin, Lan le guerrier à la face impassible et Thom le ménestrel qui en sait toujours plus qu’il ne devrait… Une collection de personnages assez conséquente donc, mais à la mesure de la saga.

« La saga épique de Jordan est une fête pour les fans de fantasy. » Library Journal

Alors que des rumeurs de guerres se propagent dans le petit village du Champ d’Emond, la terrible nouvelle tombe. Un homme s’est proclamé Dragon Réincarné. Il peut utiliser le Pouvoir et a déjà commencé à lever des armées. Mais la souillure du Ténébreux est toujours présente après tout ce temps, et des nations se dressent pour l’affronter avant qu’il ne devienne fou et il se révèle être un imposteur, comme tous ses prédécesseurs. Des nouvelles excitantes pour les villageois avec leur vie tranquille, bien qu’inquiétantes.

« …atteint sans doute les plus hauts sommets dans un genre qui n’en manque pourtant pas » Booklist

Bien qu’initialement le scénario soit assez classique et d’inspiration tolkienesque, il a quand même pas mal de particularités qui font de l’œuvre un monument à part dans la littérature fantasy.

Tout d’abord, finis les rôles féminins inutiles, juste là pour se faire sauver. On se trouve dans un monde où les hommes ont causé sa quasi-destruction. Du coup, ces derniers ont une réputation assez mauvaise : jouant les gros bras, pensant avec leurs poils sur la poitrine, ils atteignent leur maturité bien après les femmes etc… celles-ci sont plus nombreuses que les hommes à avoir des postes de pouvoir. D’ailleurs, il n’existe plus d’hommes Aes Sedai : au contraire, ils sont chassés et exécutés dès la découverte de leurs pouvoirs pour éviter qu’ils deviennent fous. Bon point donc, des personnages féminins forts (et souvent forts en gueule même).

« […] cette œuvre est vraiment destinée à ceux voulant se lancer dans un nouveau livre-monde. La Roue du temps vous demandera énormément de temps, des années, mais reste une des séries les plus réussies de la high-fantasy, aujourd’hui. Pour peu que vous y soyez sensible, le souffle du Dragon reste dans votre mémoire des années durant. » Elbakin.net

Ensuite, la communication entre personnages… On peut résumer ça par trois mots : manque de confiance. Il existe tellement de partis, de superstitions, de peurs, de racontars et rumeurs que personne ne fait totalement confiance à personne, même entre alliés. Du coup, on se retrouve avec beaucoup de situations ambiguës et de secrets. Si on y réfléchit, ça a du sens. Personne ne va annoncer tout de go qu’il compte vous manipuler, qu’il détient des pouvoirs colossaux, qu’il est maudit, qu’il/elle n’accorde pas d’importance à votre vie etc..

« Jordan a apporté une complètement nouvelle allégorie à l’intérieur d’un concept de fantasy qui va au-delà de cette histoire massive, travaillant avec l’œil d’un artiste et le sens de la responsabilité d’un historien sérieux » Gordon R. Dickson

Pourchassé par les Trollocs, monstres à la solde du Ténébreux, ainsi que par des suppôts humains, la troupe formée de bric, de broc et de bras cassés traverse la moitié du monde à la recherche d’un abri. L’objectif, c’est Tar Valon, la cité des Aes Sedai, bastion de Pouvoir et de complots depuis deux mille ans et la première puissance mondiale. En chemin, ils auront affaire à une cité maudite, croiseront un homme vivant avec des loups, tomberont dans le jardin d’une princesse par accident (si, si, pour de vrai en plus). Ils croiseront un être de légende et se battront même en pleine Désolation, le territoire impie où règne le Ténébreux. Car la prison enfermant ce dernier faiblit, et ses plus puissants partisans sont déjà en train de s’échapper pour regagner leur emprise sur le monde. 

« Une vision puissante du bien et du mal » Orson Scott Card

Pour ceux qui auraient peur (à raison) de se lancer dans une saga d’une telle ampleur, sachez que le premier tome peut se lire à part, garantissant une « fin ». Evidemment, les aventures ne seront pas terminées mais on ne reste pas non plus en plein suspens, il y a résolution d’une partie significative de l’intrigue initiale. 

La Roue du Temps est probablement ma saga de fantasy préférée. Elle n’est pas dénuée d’imperfections, il y a évidemment quelques passages à vide, et le début est lent à démarrer. Cependant, c’est également la série de fantasy ayant le plus de moments épiques, incroyables et qui m’ont le plus marqué. Certains personnages ont une volonté de fer et sont passionnants à suivre alors qu’ils tentent d’influencer le sort du monde. On a droit à un peu d’humour comme je l’aime et, plus que tout, on finit par tellement bien connaître et comprendre l’univers que l’immersion n’en est que plus grande.

Des critiques sur la suite de la série viendront, mais si vous terminez ce premier tome avec son final grandiose, je suis prêt à parier que vous ne pourrez pas ne PAS lire la suite.

Une critique de Cluric

Quelques couvertures et images supplémentaires…

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