Le JdR papier, c’est pour les cinglés

Aujourd’hui, j’ai décidé de pondre un article assez égocentrique. Par là,  je veux dire plus que mes habituels « Hey ! Lisez ce livre que j’ai aimé, il est trop bien je vous dis ! ». Aujourd’hui donc, on va parler de Jeu de Rôle et particulièrement de JdR papier.

NE FUYEZ PAS ! Si vous ne connaissez pas encore, je vous assure que c’est bien mieux que ce que vous croyez. Et si vous connaissez, restez quand même pour mes blagues subtiles et hilarantes !

C’est un article plus long que la moyenne, mais je suis sympa, je l’ai découpé en plusieurs parties avec des titres clairs pour bien vous aider à vous repérer !

Qu’est-ce que c’est que ce truc de geek ?

Quand on parle de JdR, les gens imaginent en général deux choses très différentes : 
La première possibilité est assez coquine et ne regarde en général que les couples qui veulent mettre du piment dans leur vie. Bien qu’il y aurait beaucoup à dire sur les costumes sexy, le jeu de comédien exceptionnel déployé et les péripéties palpitantes, je ne vais pas m’étaler dessus… Dommage…
La deuxième implique aussi des costumes, mais beaucoup plus ridicules ceux-là. On y retrouve 4-5 bons gros geeks stéréotypés enfermés dans une cave, portant des chapeaux miteux à la Merlin et s’imaginant aller buter des dragons et pécho la princesse. Ah ! Et j’oubliais le stéréotype du geek travesti en femme barbare vêtue d’un maillot de bain.

« Les nanas avec des épées… quelques-unes portent de vrais vêtements… »

Si vous avez le malheur de préciser JdR « papier », alors votre interlocuteur vous regarde en général avec de grands yeux en imaginant une montagne de formules mathématiques obscures. Et il abandonne aussitôt la possibilité de jeu de rôle sexy (allez savoir pourquoi).

Pourtant, les JdR papier sont sans aucun doute possible les meilleurs jeux auxquels j’ai jamais joué de ma vie ! Et c’est pour ça qu’ils sont le sujet du présent article.

Alors, me direz-vous, pourquoi prendre la peine d’écrire un pavé que les gens vont rejeter à cause de leurs idées préconçues, ou bien accepter comme normal puisqu’ils sont déjà initiés ? Eh bien, je me dis qu’en dix ans la société a pas mal évolué et il est maintenant beaucoup moins de mauvais goût d’être un « geek ». Même si la définition a pas mal fluctué, le large déploiement d’internet a contribué à sortir (un peu) de l’ombre ce jeu si catégorisé. Aussi, j’ose aujourd’hui vous parler de ce que j’ai découvert il y a quelques années et que j’espère vous essaierez à votre tour un jour !

Bon… mais concrètement, un JDRP c’est quoi ?

Absolument ce que vous voulez !

Voilà, fin de l’article, je peux aller me coucher la conscience tranquille… Quoi ?! Vous n’êtes pas satisfait ? Pourtant, tout est dit !

Adeptes des jeux de société, vous n’avez jamais voulu changer les règles du Cluedo et faire équipe avec un autre joueur pour accuser un innocent à votre place ? Amener un bulldozer sur le plateau du Monopoly, faire une OPA agressive et se débarrasser des fichus hôtels sur la Rue de la Paix ? Vous prendre pour un détective privé et résoudre des crimes façon Colombo, brandissant fièrement votre air niais tout en lançant moqueusement un « Une dernière petite chose m’sieu… » ? (je sais, je suis bizarre).

Bon, ce sont des cas très particuliers, mais ils illustrent bien l’idée. Un bon JDRP, c’est souvent entre 3 et 8 amis qui se rencontrent pour faire ce qui leur passe par la tête, ne pas se prendre au sérieux, défier ses amis et se retrouver dans des situations improbables qui vous feraient vous demander « bon… c’est le bordel, maintenant comment je fais pour me sortir de là ? »

Dans une partie classique, le Maître du Jeu (appelé MJ en raccourci) a en général un scénario préparé aux petits oignons pour faire vivre une bonne aventure à ses joueurs. Que l’ambiance soit à la fantasy, au policier, à l’horreur ou autre, c’est du pareil au même. Tout commence avec une bonne idée et des objectifs clairs. Résoudre le mystère. Sauver le monde. Devenir l’andouille au centre de l’attention… Le tout se passe principalement à l’oral de façon très simple : vous réagissez de façon naturelle à une situation, les autres font pareil avec vous et ainsi de suite… De fil en aiguille, votre aventure est lancée, et bien malin qui saurait deviner où elle va se terminer ! De temps en temps, les dés interviennent pour rajouter un peu de hasard, compliquer les choses et trancher dans des disputes.

— J’attaque un barbare Orc (le dé fait 1, résultat catastrophique)
— Je lui tends mon épée (forcé par le dé). L’Orc est reconnaissant.
Le JDR avec des dés, le moyen le plus improbable de passer sa soirée…

Surtout, là où les choses sont intéressantes, c’est que si le MJ a une idée en tête, c’est aux joueurs de la mettre en pratique. Imaginez-vous devant un film ou un livre, à noter les incohérences des actions des héros qui vous déplaisent. En temps normal, vous rongez votre frein dessus et passez à la suite (si vous êtes un peu maniaque perfectionniste comme moi, en tout cas). Mais ici, c’est vous le personnage principal et vous pouvez réagir. Exit le scénario préparé bien linéaire. Place aux rebondissements imprévus. Et si vos amis pensent qu’en fait ce sont eux les héros, détrompez-les fermement. Le JDR, c’est pour les hommes, les vrais, ceux qui ont du poil sur la poitrine…

Vous avez en général le choix entre vous investir dans votre personnage plus ou moins original et faire n’importe quoi… Et pareil pour vos amis. Attendez-vous a être constamment surpris, et l’ambiance devrait rapidement tourner à la franche rigolade devant le pétrin ou vous vous fourrez.

C’est particulièrement drôle quand on se rend compte à quel point on oublie des choses évidentes dans le feu de l’action et surtout à quel point les gens ont des façons différentes (qu’ils trouvent parfaitement logiques sur le coup) de réagir aux problèmes. Si chacun tire dans tous les sens l’histoire, la situation vire au franchement baroque.

Un exemple concret… et bordélique

Pour vous donner une idée, ma première partie impliquait 3 joueurs débutants et un MJ aux nerfs solides. Elle était très orientée « fantasy » (on adore tous) et « action » (on n’est pas bien malins, faut pas nous demander des choses trop compliquées). Cette partie mouvementée incluait :

  • Un nain voleur d’une grande discrétion. Il décide de dévaliser un riche client qui venait de l’embaucher pour une mission de sauvetage… alors que des gardes étaient présents dans la même pièce.
  • Un chasseur suicidaire sautant à pieds joints dans un piège pour sauver son fidèle compagnon animal. Ce dernier a été ensuite oublié durant 3 heures tandis que l’aventure continuait sans lui.
  • Un concours de boisson avec un démon durant lequel mon personnage a perdu son âme. Sur le coup, ça paraissait une stratégie viable, je vous assure… Initialement, je ne devais perdre « que » mon arme fétiche avec ce pari raté (malgré ma superbe tentative), mais mes chers compagnons ont « négocié » pour moi pendant que j’étais ivre-mort. J’étais pas jojo après coup…
  • De la drague dégoûtante entre une vieille sorcière vaudou et… à peu près toute la gente masculine qui passait dans le coin. Y avait des techniques de drague originales remarquez, à base de grigris empaillés…
  • De la maltraitance (accidentelle) envers de pauvres animaux sauvages.
  • De la maltraitance envers de pauvres villageois. Intentionnelle cette fois. À cause des animaux sauvages qu’on avait titillés justement : c’était devenu les villageois ou nous. Le choix était vite fait.
  • De la maltraitance envers des enfants. J’ai honte… Même si, cette fois-là, c’était pas de notre faute, c’est pas nous qui avions déclenché le combat et ces fichus gosses sont nuls pour esquiver les flèches.
  • Il y a aussi la fois où on était partis sauver des enfants kidnappés par un odieux personnage dans sa tour pour faire des expériences horribles sur eux. Emplis d’un juste courroux, nous avons affronté le mage maléfique, pourfendu sa carcasse à l’issue d’un combat épique et nous sommes rentrés victorieux au village narrer notre aventure. Et au passage, on avait oublié de fouiller la tour, et on a oublié les enfants encore en vie dans sa cave. Côté vengeance, on avait assuré, côté sauvetage en revanche… Oups…
  • Et j’en passe…
Un schéma résumant la mentalité des joueurs un peu trop bourrins. C’est vivant ? C’est agressif ? Dans le doute, le tuer, ramasser le butin sur le cadavre et passer au suivant. Le JdR, un amusement parfois pas très subtil…

Oui, on était vraiment très, très mauvais. Enfin, on avait quand même quelques réussites à notre actif pour vanter notre ego, mais on était mal partis. Moi-même, ayant envie de jouer un personnage totalement différent, j’ai conduit à la mort mon premier-né pour recommencer à neuf.

Car oui, si un JDR c’est de longues aventures, ça veut aussi dire plein d’occasions pour varier, essayer de s’amuser à incarner qui on veut et surtout comme on veut, au plus grand désespoir des autres.

Certaines parties sont assez sérieuses : vous y agissez comme dans le monde réel (confrontés à de vraies difficultés j’entends, pas juste au choix de votre paire de chaussettes le matin). Vos actions ont des conséquences, vous agissez avec une certaine prudence et vous savez en général à peu près à quoi vous attendre quand vous faites quelque chose.

D’autres en revanche… dès qu’on rajoute de la magie par exemple, tout peut partir en vrille. Si c’est très pratique pour faire ce que vous voulez, ça peut aussi conduire à effondrer « par accident » une montagne sur le personnage d’un de vos amis. Re-oups…

Les joies de la magie et des éléments fantasy. Ici un petit schéma illustrant la bonne distance à laquelle se tenir d’un dragon. Riez pas, ça peut servir si vous tombez sur un MJ méchant !

Et c’est ce qui fait la force d’un bon JDRP : les possibilités infinies. Avec un crayon et une feuille pour noter les faits capitaux, vous pouvez vous lancer. Rajoutez quelques dés pour un peu plus de hasard et c’est parti pour quelques heures d’amusement libre de toute contrainte.

Partie où je raconte ma vie (encore)

Depuis mes premières armes, j’ai bien pris de la bouteille. Je fais encore souvent n’importe quoi, mais, en général, c’est volontaire dans le but de mettre de l’ambiance. Ça ne réussit pas toujours, mais une chose est sûre, je m’amuse comme un petit fou.

En ce moment, je ne consacre qu’une attention marginale à mon blog littéraire, parce que je me suis lancé un grand challenge : créer mon propre JDRP. Petit malin que je suis, je me suis dit que j’allais me baser sur une série que j’adore : La Roue du Temps de Robert Jordan (oui, encore !). Ainsi, j’aurais déjà un solide background pour établir mon histoire et n’aurais pas besoin de créer des pays imaginaires, des quêtes intéressantes, des sociétés exotiques,…

C’est vrai que ça aide, mais c’est là qu’interviennent les centaines de petits détails dont doit se préoccuper le MJ pour empêcher que ses joueurs fassent (trop) n’importe quoi, et qu’on soit quand même capables de vivre une histoire (vaguement) cohérente et amusante.

Même si certains jeux sont très simples dans leur fonctionnement, d’autres sont bien plus complexes. Et c’est normal ! Après tout, qui a envie ici d’incarner le Barbare lambda niveau 4, qui est capable de taper fort avec ses poings et de taper fort avec son épée ? Personne !

C’est tellement plus gratifiant d’incarner un archer myope intrépide (comprendre : suicidaire) avec plus de vingt talents à son actif, dont le moins notable est d’écrire des pamphlets exigeant la légalisation du cannabis à l’école de magie de Poudlard. Non… ? Pourtant il y aurait de quoi creuser…

Note : après les mots « coquin », « drague » et « kidnapping », j’ajoute maintenant « cannabis » aux tags de l’article pour bien être référencé. C’est quand même beau l’écriture d’un blog. Il ne manque plus qu’une petite référence à Game of Thrones et j’atteindrai la célébrité sur le net !

Des règles partout, pour tous les goûts et les problèmes


Pour parer à toute possibilité, le MJ doit être incroyablement bon, réactif, doué d’imagination et juste avec ses joueurs. Capable d’intégrer d’un simple coup d’œil une situation improbable et ajuster en un rien de temps son scénario à des joueurs exigeants ayant leurs propres idées de comment les choses sont censées se passer, d’après eux. Et à les écouter, leurs idées sont toujours meilleures que celles du MJ ou des autres joueurs, c’est curieux !

Mais comme je suis simplement moi, je me tape heure après heure la rédaction de règles, cas imprévus, descriptions détaillées… Des pages et des pages dont ces simplets de joueurs n’auront jamais connaissance car eux n’en ont pas besoin. Pourtant, souvent ces règles complexes sont uniquement là pour simplifier la vie du joueur et poser des limites à ce qu’il peut ou ne peut pas faire !

Une image illustrant un des concepts les plus obscurs aux néophytes : l’alignement. Votre personnage est-il bon ? Mauvais ? Égoïste ? Chaotique ? Des règles qui permettent en fait au joueur de s’y retrouver dans un bazar de personnages aux objectifs et loyauté très différentes !

Conclusion (vachement intelligente)

Je ne dis pas tout ça pour qu’on me plaigne. Encore moins pour qu’on me flatte :

— Quel génie, ce Cluric, son JDR est tellement bien conçu.
— Oui, je trouve aussi très cher ! Et surtout, ses aventures tellement intéressantes
— Tout a fait Henry, je vous l’accorde !

Non, là où je veux en venir, c’est que si un tel jeu est capable de convertir un feignant tel que moi et le pousser à autant d’efforts, c’est qu’il doit bien en valoir la peine. Faites preuve de curiosité et regardez autour de vous si vous ne pourriez pas vous lancer avec quelques amis.

Vous ne serez pas déçu, la quasi-totalité des gens qui essaient adorent, quant à ceux qui détestent, ça vient plus souvent de leurs amis obtus qui ruinent leur découverte que du jeu lui-même !

Quelques jeux de rôle

Un article de Cluric

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